Rencontre avec Rafaèle Salvador, directrice du Lycée français de Bangui

Depuis 1992, le Lycée francais Charles-de-Gaulle de Bangui accueille des élèves de la maternelle à la terminale. Etablissement conventionné avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), il délivre l’enseignement de l’Education nationale française jusqu’au baccalauréat. En cette période de rentrée scolaire, rencontre avec la directrice Rafaèle Salvador et de jeunes élèves pleins d’ambition.

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Rafaèle Salvador, directrice du Lycée français de Bangui : « Le Lycée français représente l’espoir d’un avenir meilleur pour beaucoup de nos élèves. »

Madame la directrice, pouvez-vous présenter votre parcours et ce qui vous a amenée à prendre la direction du Lycée Charles-de-Gaulle ?

Je travaille dans l’enseignement depuis 1996. J’ai travaillé 20 ans comme directrice d’école. Alors que j’étais directrice dans un pôle éducatif en Haute-Saône, j’ai postulé auprès de l’AEFE pour partir à l’étranger. Lors d’un entretien, j’ai dit que j’avais aimé mettre en place et organiser le pôle éducatif où je travaillais. On m’a alors parlé de Bangui, où l’on avait besoin de ces compétences. Et je me suis lancée dans ce défi ! Il y a beaucoup de travail, mais c’est passionnant.

Où en est le lycée Charles-de-Gaulle aujourd’hui ?

Le lycée est dans une dynamique très positive. Il avait durement souffert de la crise. En 2014, il ne comptait plus que 84 élèves et n’était plus conventionné avec l’AEFE. Mon prédécesseur a lancé la reconstruction en redressant la situation financière et en sécurisant l’établissement. Et nous accueillons pour cette rentrée sept nouveaux professeurs et plus de 500 élèves !

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Rencontre avec des élèves de terminale

Quels sont vos projets pour le Lycée ?

Nous avons fixé l’an dernier un projet d’établissement pour trois ans avec l’Association des parents d’élèves, qui gère le Lycée. Il prévoit d’abord d’améliorer l’environnement de travail et de vie des élèves, avec un achat conséquent de matériel informatique et des lieux de vie plus accueillants.

Sur le plan pédagogique, ensuite, il y a une vraie dynamique pour faire monter en compétences le corps enseignant et obtenir de bons résultats aux examens. Actuellement, le collège et le lycée travaillent à distance avec le CNED pour les contenus pédagogiques et les examens. Nous voulons passer à un enseignement direct, afin d’améliorer le lien entre les élèves et leurs professeurs. Nous le faisons pour la 6e cette année, et ce sera le cas l’an prochain pour l’ensemble du collège.

Nous devons pour cela former les professeurs. Nos 32 enseignants sont pour l’essentiel des Centrafricains, habitués au système local avec des classes très nombreuses, ce qui modifie la pédagogie et le contact avec les élèves. L’AEFE est consciente du contexte difficile que nous avons connu et nous apporte un soutien important. Nous allons recevoir des formateurs pédagogiques dans presque toutes les disciplines en septembre et en octobre. Et nos enseignants bénéficieront de stages proposés par l’AEFE. L’école primaire, elle, est déjà en enseignement direct et ses résultats sont bons, ce qui est très encourageant.

Enfin, nous mettons l’accent sur les langues vivantes et le numérique.

Qui sont vos élèves ?

Nous accueillons 61% d’élèves centrafricains. 36% sont français ou binationaux franco-centrafricains, et 3% d’autres nationalités. Nos élèves ne sont pas tous issus d’un milieu favorisé. Je sais que beaucoup de familles font de gros efforts pour payer la scolarité de leurs enfants, car le Lycée français représente l’espoir d’un avenir meilleur pour beaucoup. Et nous accueillons des boursiers, dont les bourses sont délivrées par le ministère français des Affaires étrangères à travers l’ambassade de France.

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Nelson et Dorcas, en terminale économique et sociale, souhaitent devenir entrepreneurs et revenir en Centrafrique après leurs études pour « créer plein d’entreprises ».

Devez-vous vous adapter aux conditions de vie des élèves ?

Beaucoup d’élèves n’ont pas d’ordinateur chez eux, ni même un accès constant à l’électricité. Ce qui signifie que dès la tombée de la nuit, ils ne peuvent plus faire leurs devoirs à la maison. Alors même qu’ils font souvent de longs trajets entre leur maison et l’école. Durant la journée, ils ont donc un accès libre au CDI et aux ordinateurs pour leur permettre de faire leurs devoirs. Nous travaillons aussi sur l’égalité entre les filles et les garçons et soutenons la scolarisation des filles.

Que deviennent vos élèves après le lycée ?

Presque tous veulent partir étudier en France, mais également au Canada. Certains avec la volonté de rentrer ensuite en Centrafrique. La coordinatrice de l’établissement soutient les élèves pour leurs inscriptions dans les études supérieures et a créé des groupes de messagerie pour garder un contact avec eux.

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Avec des élèves de terminale scientifique. Sauveur veut devenir médecin « pour sauver des vies ». Gwendoline veut aussi étudier la médecine pour revenir en RCA et créer un hôpital. Warren souhaite faire des études de maths et d’économie. Tous souhaitent partir étudier en France ou au Canada.

Comment le Lycée français s’ouvre-t-il à la société centrafricaine ?

Il est très important pour moi que le lycée soit inséré dans la réalité de la société centrafricaine. Nous voulons nous ouvrir aux autres lycées de Bangui, avec des rencontres sportives ou des défis de mathématiques, et organiser des visites pour nos élèves. L’an dernier, par exemple, nous avons réalisé plusieurs projets, notamment un cross d’établissement effectué en partenariat avec une association qui s’occupe des enfants des rues qui ont pris part à la course.

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Le cross du Lycée français, organisé avec une association qui s’occupe des enfants des rues.

Dernière modification : 10/09/2019

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