Communiqué de presse et discours à l’occasion de la remise officielle de matériels de presse au groupement des éditeurs de presse privée et indépendante de Centrafrique (GEPPIC), le 3 décembre 2012

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

PRESENTATION DE MATERIEL DE PRESSE
ACQUIS GRACE A L’AIDE FINANCIERE DE LA FRANCE

Le 3 décembre 2012, à l’hôtel Ledger Plaza de Bangui, le Groupement des éditeurs de presse privée et indépendante de Centrafrique (GEPPIC) a présenté le matériel (imprimante professionnelle couleur grand format, logiciel professionnel de publication assistée par ordinateur/PAO et consommables) acquis grâce à une subvention de 7 000 €, soit 4 592 000 FCFA allouée par l’ambassade de France.

Invité à s’exprimer à cette occasion, l’Ambassadeur de France, M. Serge MUCETTI, a rappelé le cadre de la coopération française avec la presse écrite. Saluant à travers son président, M. Marcel MOKWAPI, le nouveau dynamisme du GEPPIC, organisateur de cette manifestation, il a souligné l’importance de la présentation des journaux et d’un haut degré de qualité de la langue française utilisée et, surtout, l’absolue nécessité de respecter les règles de déontologie professionnelle. Rappelant que « les faits sont sacrés, les commentaires sont libres » (devise du journal Sud Ouest, grand quotidien de la presse régionale française), il a fortement insisté sur l’éthique du journaliste en mettant en évidence tous les dangers auxquels il peut être exposé : rumeur, désinformation, manque de fiabilité des sources, approximation, non vérification des faits, tentation du sensationnel… La stricte observation des règles déontologiques est la condition même de la confiance du public et de l’intérêt des annonceurs publicitaires.

DISCOURS

Monsieur le Président,

Madame et Monsieur les Ambassadeurs,

Monsieur le Vice-recteur de l’Université de Bangui,

Mesdames et messieurs les représentants de la presse Centrafricaine,

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie vivement, Monsieur le Président, pour cette remarquable manifestation qui montre le niveau auquel vous voulez hisser la presse centrafricaine. Je vous félicite, ainsi que tous les représentants des medias qui s’y sont associés, de l’avoir organisée. Elle démontre le dynamisme du groupement des éditeurs de presse privée et indépendante de Centrafrique.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire devant un parterre de journalistes de la presse écrite et audiovisuelle à la résidence de France et lors de ma visite à la station de radio Ndeke Luka : avec d’autres partenaires, la France soutient la presse, aussi bien écrite que la radio, par l’achat de matériels comme on le voit aujourd’hui, la remise d’instruments professionnels ou des formations. Si elle le fait, c’est parce que la presse est un élément fondamental de la démocratie. La presse a un rôle citoyen. Elle éclaire l’opinion publique. Elle permet à chacun d’exercer son sens critique et de se prononcer soi-même. De ce fait, elle a aussi une immense responsabilité. Car il n’y a pas de presse, écrite ou audiovisuelle, de bonne qualité sans éthique professionnelle. On ne saurait transiger avec cette donnée fondamentale.

On le constate partout chaque jour dans le monde : l’information a un extraordinaire potentiel. Son principal danger, c’est la désinformation, le travestissement de la réalité, la manipulation, le mensonge volontaire qui trahissent le lecteur.

Puisque la presse écrite est mise aujourd’hui à l’honneur, je voudrais, Monsieur le Président, évoquer rapidement trois points :

- Premier point : la présentation des journaux. J’espère que les matériels dont vous disposez désormais permettront d’améliorer la présentation des journaux. Car, au-delà de son contenu, un lecteur est attiré par les caractéristiques extérieures d’un journal. C’est sa signature extérieure. On gagne toujours à soigner l’esthétique d’un titre. Je note, nous en avons des exemples avec les journaux qui nous sont présentés, que certains titres ont déjà faits des efforts importants dans cette direction. J’espère que le plus grand nombre suivra cette voie.

- Deuxième point : l’expression en français compte énormément. Quelques semaines après le sommet de l’Organisation internationale de la francophonie à Kinshasa, on ne peut que souligner l’importance du bon usage du français dans la presse. S’il est nécessaire que le journaliste se mette à la portée de son public, il ne doit pas le faire en galvaudant la qualité de la langue qu’il utilise, sous prétexte de s’adresser au plus grand nombre. Au contraire grâce à une grammaire correcte, un vocabulaire simple et un style élégant, il hissera le lecteur à un niveau de pensée élevé. Encore une fois, si beaucoup a été fait par la presse centrafricaine, je constate qu’ici ou là, des marges de progression sont importantes.

- Troisième point sur lequel je souhaite mettre l’accent : la déontologie dont tout journaliste digne de ce nom doit faire preuve. « Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres », la devise du journal Sud-Ouest, le plus fort tirage de la presse quotidienne régionale française, résume à elle seule l’éthique du journaliste. Reprenons les termes :

1. « Les faits sont sacrés » : les journalistes ne sont pas les serviteurs de la rumeur. Je l’ai déjà dit. Ils doivent puiser leurs informations à bonne source et les recouper. Evidemment, grande est la tentation du scoop, celle d’être le premier à divulguer un fait surtout s’il a un caractère sensationnel. Mais grande est aussi la différence entre celui qui colporte une information sur l’Internet, sans l’avoir vérifiée, uniquement pour faire le buzz, comme pour voir l’effet que produit un pavé dans la mare, ou celui qui photographie un événement avec son téléphone mobile et qui fait circuler son cliché sans commentaire, et le journaliste authentique dont l’honneur est de traiter l’information avec professionnalisme. Mais entre celui qui met rapidement sur la place publique, des éléments approximatifs, voire erronés et le journaliste qui, avec pondération, se fera une réputation de rigueur grâce à la fiabilité de ses sources, la différence se fera rapidement. Vous devinez sans peine celui vers lequel iront spontanément la faveur et l’intérêt non seulement du public mais aussi des annonceurs publicitaires.

Je crois qu’il existe un code ou une charte de déontologie de la presse en République Centrafricaine. Comme toujours pour ce genre de règles, il faut en rappeler l’existence et le contenu à intervalles réguliers. Parlant d’éthique, je note au passage que le droit de réponse est bien établi dans la presse centrafricaine, l’ambassade de France a pu le vérifier de façon très concrète il y a peu. Je remercie la rédaction qui a réagi positivement à notre demande. Il faut qu’on le sache : la France exercera ce droit de réponse chaque fois que ce sera nécessaire.

2. « Le commentaire est libre ». « Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur » disait Beaumarchais. Façonner l’opinion en l’aidant à avoir un avis sur des faits, surtout si ces faits étaient restés dans l’obscurité sans la presse, c’est la force, le rôle et le devoir du journaliste. Mais le commentaire doit se faire sans outrance, en respectant le sujet et le lecteur. N’oublions pas que la presse n’est pas dénuée de pédagogie et qu’elle doit attirer le grand public, en particulier les jeunes qui se fient volontiers, comme je le disais tout à l’heure, à des media autres que la presse écrite.

Voilà, Monsieur le Président, le cadre dans lequel le soutien de la France se poursuivra. Voilà, Monsieur le Président, les quelques réflexions que m’inspire la manifestation d’aujourd’hui.

Chaque fois que la presse portera l’étendard de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression, la France sera à ses côtés pour l’aider à se défendre et à délivrer son message. « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre », cette phrase qu’on prête à Voltaire résume, à elle seule, cette philosophie de la liberté. Je vous remercie.

Dernière modification : 05/12/2012

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