Discours à l’occasion de la journée internationale des femmes (7 mars 2013)

Mesdames,

Il ne vous aura pas échappé que ce soir vous êtes moins les invitées de l’ambassadeur de France que de son épouse.

Nous vous remercions tous deux d’avoir répondu si nombreuses à notre invitation. Nous avons voulu réunir, en prélude à la Journée internationale de la Femme, pour ce moment privilégié de convivialité et d’échanges, des femmes vivant en République centrafricaine, de nationalités, de formations, d’activités différentes pour illustrer la diversité et la richesse de leur parcours et la place qu’elles occupent dans la société. Je remercie également radio Ndéké Luka.

Je ne vais pas faire un exposé aussi théorique que convenu sur les femmes, mais simplement vous livrer quelques considérations.

En octobre dernier, ici même, avec Mme le professeur Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008, nous avons appelé les femmes centrafricaines à relever avec courage et détermination les défis du développement. Car, comme d’autres, je suis convaincu que la place des femmes dans une société est un authentique marqueur du niveau réel de développement. C’est d’autant plus vrai qu’à notre grande honte, des régressions ont tendance à se multiplier et à s’intensifier, sous l’effet de forces et de courants philosophiques ou religieux qui ont tous comme points communs, l’obscurantisme, l’ignorance de la marche du monde et une approche restrictive de la liberté.

C’est pourquoi, l’ambassade de France entretient une relation étroite avec des associations de femmes pour les écouter et, le cas échéant, les accompagner dans leurs nombreux et ambitieux projets.

Il y a ainsi la réflexion sur la création d’un mouvement des femmes francophones qui pourrait devenir le toit des associations de femmes sans qu’elles perdent leur autonomie. Réunies elles pourraient ainsi être plus fortes.

Il y a aussi des actions qui, pour être plus modestes, n’en sont pas moins essentielles en particulier dans le domaine de l’éducation. Et ça marche. Il y a deux jours, à Yamboro, en périphérie de Bangui, mon épouse et moi avons visité une école, soutenue par une de ces associations, et nous avons remis du matériel scolaire à de jeunes enfants qui manquent du nécessaire.

Cette action de l’ambassade s’inscrit dans une diplomatie qui, comme je l’ai dit le 14 juillet dernier, ne transige pas sur les droits de l’Homme.

Comme l’a rappelé le Président de la République, M. François Hollande, « parmi les valeurs universelles qui doivent conduire l’engagement de la France et de la diplomatie française dans le monde, il y a l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Comme l’a dit Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du Gouvernement, lors de la conférence des ambassadeurs le 30 août 2012 : « … la France doit assurer la défense des droits des femmes dans tous les domaines :

le droit des petites filles à accéder à l’école, à l’éducation, au savoir et à pouvoir choisir librement leur orientation ;

leur droit de se marier avec qui elles le souhaitent. De divorcer.
De se remarier. D’aimer quelqu’un d’autre ;

leur droit à disposer librement de leur corps ;

leur droit à travailler et à être rémunérées pour ce travail. A s’exprimer. A marcher librement dans les rues. A chanter. A rire. A danser. A vivre dignement. A ne pas subir la domination des hommes.

Leur droit à être protégées.

Sur cette base, M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, a annoncé, le 13 janvier dernier, que la France intègrerait désormais l’approche de genre dans toutes les politiques de développement et les grands rendez-vous internationaux comme, par exemple, le Forum des femmes francophones, à Paris, le 20 mars prochain, manifestation à laquelle la République centrafricaine sera représentée.

Comme vous le voyez, la France entend mener une diplomatie des droits des femmes volontariste, offensive et militante.

Dans cet ordre d’idées, je vous invite à avoir une pensée pour toutes celles qui souffrent, pour les femmes et jeunes filles confrontées aux affres de la guerre en particulier en Afrique, une pensée pour les femmes centrafricaines de l’arrière-pays qui vivent au jour le jour, souffrant des exactions, pleurant de ne pouvoir trouver de la nourriture pour leurs enfants, angoissées pour l’avenir de leurs familles. J’ai vu le regard triste de ces femmes dans les camps de réfugiés de l’intérieur que j’ai visités à Batangafo et à Kaga Bandoro à l’automne dernier. Ayons également une pensée pour ces religieuses qui se dévouent sans compter pour alléger le quotidien de ces femmes tout en partageant les difficultés de leur existence.

Avec votre permission, une réflexion personnelle enfin. La femme africaine en général, la femme centrafricaine, ne doit pas être repliée sur sa qualité africaine. Car l’Afrique ne doit pas être considérée comme un tout fini ou un conservatoire, mais comme une partie d’un monde en mouvement. C’est pourquoi, il convient d’élargir la vision de la femme africaine à une femme vivant dans un monde ouvert sur toutes les problématiques de la femme d’aujourd’hui mais avec sa caractéristique africaine propre. La femme africaine est une femme moderne, de son temps et non la figure stéréotypée et caricaturale que véhicule une imagerie rétrograde pour ne pas dire ringarde. Il n’y a qu’une femme universelle.

Mesdames, nous aurons réussi lorsque la Journée internationale de la Femme n’aura plus de raison d’être ou plutôt, comme le dit Mme Najat Vallaud-Belkacem, lorsque ce sera tous les jours le 8 mars.

Ce ne serait pas le mois de la francophonie et de la culture francophone si je ne terminais pas sur la pensée d’un grand auteur français, Stendhal, qui disait déjà au XIXème siècle : « L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain. »

Dernière modification : 25/03/2013

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