Discours à l’occasion de l’ouverture de l’atelier d’adaptation des indicateurs de la nouvelle donne au contexte national

4 mars 2013

Monsieur le Ministre d’Etat chargé de l’économie, du Plan et de la coopération internationale,
Monsieur le Ministre délégué,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais vous exprimer ma satisfaction pour la tenue de cet atelier, reportée à plusieurs reprises. Mais, finalement, les événements font qu’il vient à son heure.

Je serais simple, direct et concret : la Nouvelle donne/New deal n’est pas un accord international de plus, pour trois raisons :

1. La première raison est liée au processus d’élaboration de cet accord. La Nouvelle Donne n’est pas une conditionnalité de l’aide qui ne dirait pas son nom, imaginée par les pays du Nord au détriment des pays du Sud, pour les bercer d’illusions. Bien au contraire, l’esprit et la lettre de la Nouvelle donne sont le fruit d’un processus engagé par les Etats fragiles eux-mêmes, regroupés au sein du « G7+des pays fragiles », dont la République centrafricaine, qui ont défini, ensemble, les 5 objectifs du « renforcement de l’Etat et la consolidation de la paix » :

  1. la légitimité politique ;
  2. la sécurité des populations ;
  3. la justice ;
  4. les fondamentaux économiques ;
  5. les revenus et les services.

Cet objectif de consolidation de la paix trouve sa pleine expression dans la période actuelle. Car la Nouvelle donne est un instrument au service de la reconstruction d’une paix qui, seule, peut favoriser le développement dont le Peuple centrafricain a un besoin vital.

2. La deuxième raison tient à la portée de cet accord. La Nouvelle donne respecte la souveraineté des Etats, une souveraineté garante de la cohésion sociale et du bien-être des peuples. Elle instaure une double cohérence :

- cohérence, d’une part, assurée par des arbitrages entre toutes les propositions des ministères ;
- cohérence, d’autre, part, entre les sources de financement avec un objectif bien compris d’efficacité.

La Nouvelle donne est, ni plus ni moins, qu’une méthode destinée à briser les cloisonnements. Il ne s’agit plus, pour chaque ministère, d’élaborer seuls ses projets, sans lien avec les autres départements, et de se mettre ensuite en quête de financements auprès des bailleurs de fonds. Je dirais de façon triviale que chacun désormais ne fera plus sa petite cuisine dans son petit coin. Il ne s’agit pas davantage de tout attendre de l’aide internationale. Tout ne peut venir de l’extérieur et tout ne viendra pas de l’extérieur. Je relève d’ailleurs un paradoxe à accuser les étrangers d’être la source de tous les maux et à leur réclamer toujours plus de moyens.

La Nouvelle donne suppose, je dirais même plus, impose une discipline stricte fondée sur une vision d’ensemble et des choix stratégiques responsables, arrêtés au niveau politique approprié, engageant l’Etat tout entier dans des actions à moyen ou long terme selon les domaines. Car, une fois les arbitrages rendus, c’est bien au nom de l’Etat tout entier, que les projets retenus sont proposés aux bailleurs de fonds.

3. La troisième raison pour laquelle la Nouvelle donne n’est pas un accord international de plus, réside dans sa nature même qui prévoit une nouvelle manière d’agir pour le renforcement de l’Etat et la consolidation de la paix à travers une responsabilité partagée entre pays bénéficiaires et partenaires internationaux au développement.

Les événements récents que nous avons vécus ensemble, ne mettent que davantage en relief les perspectives positives de la Nouvelle donne. Car il ne peut y avoir d’issue à la crise sans une action volontariste de toutes les forces de la Nation, sans une vision de l’avenir qui triomphe des intérêts catégoriels ou personnels à court terme. L’intérêt général doit primer, être au centre de toutes les préoccupations.

Monsieur le Ministre d’Etat, Mesdames et Messieurs, je vous le demande : y-a-il une fatalité à voir la République centrafricaine en si mauvaise position dans tous les classements internationaux ? Y-a-il une fatalité à voir la République centrafricaine figurer parmi les pays les plus pauvres du monde alors qu’elle dispose de tant de richesses, à commencer son Peuple ? Non, évidemment non. Car il n’y a pas de fatalité au sous-développement. Comme le disait Romain Rolland : « La fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté. »

Avec la Nouvelle donne, Gouvernement et société civile s’engagent dans des politiques nationales claires et réalistes. Mesdames et Messieurs, soyons lucides : ce ne sera pas facile, chacun devra prendre ses responsabilités. Mais c’est nécessaire. C’est absolument nécessaire. C’est à cette condition que les partenaires au développement accepteront de s’engager à leur tour.

Je souligne au passage que cette approche cadre parfaitement avec celle du Gouvernement français et du secteur de compétence du ministre du développement, M. Pascal Canfin, tel qu’il a été défini par le Président de la République française, M. François Hollande. C’est ainsi que la France conçoit son aide à l’égard de la République centrafricaine : en se fondant, d’abord et avant tout, sur les réalités, les seules qui vaillent.

Car dans le cadre de la Nouvelle donne, la République centrafricaine n’est pas seule : elle est épaulée par la France et l’Union européenne. C’est le sens de ma présence ici parmi vous. Contrairement à ce qu’affirme une vulgate médiocre, colportée par les tenants d’un mythe, ignorant la marche du monde en ce XXIème siècle, la France est au côté de la République centrafricaine. Loin de se désengager comme je l’entends parfois, ici ou là, la France continue, quant à elle, à prendre ses responsabilités et sa part de la Nouvelle donne. Je laisse à leurs errements ceux qui ne le comprennent pas.

Je vous félicite, Monsieur le Ministre d’Etat, Mesdames et Messieurs, pour votre détermination à embrasser cette Nouvelle donne, véritablement nouvelle, et à rebattre les cartes du développement. La République centrafricaine, qui a jusqu’à présent montré sa volonté d’aller dans cette voie, doit maintenant tenir ses engagements. Elle n’a pas d’autre choix.

Mesdames et Messieurs, cette Nouvelle donne est exigeante mais aussi enthousiasmante. C’est une chance de sortie de la spirale infernale du non-développement. C’est, pour les Centrafricaines et les Centrafricains, l’espoir de vivre, demain, dans des conditions meilleures qu’aujourd’hui, aux enfants de vivre dans de meilleures conditions que leurs parents. Si nous ne devions avoir qu’une seule aspiration ce serait celle-là. Mais pourquoi attendre demain ? Commençons ensemble dès aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs, l’avenir de votre pays est tout entier entre vos mains. N’allez pas chercher des prétextes ou de bonnes raisons pour tarder à vous mettre au travail. Nous pouvons vous aider et nous vous aiderons. Mais rien ne pourra se faire et ne fera sans votre mobilisation, votre énergie et votre volonté de réussir. Un des objectifs de cet atelier est de l’affirmer avec force. C’est pourquoi je conclurai en vous disant simplement : « A vous de jouer. »

Dernière modification : 25/03/2013

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